Octobre mouvant

lundi 8 novembre 2010

Texte en provenance du Tarn.

Octobre mouvant

Ce texte s’adresse à tous ceux qui se sentent parties prenantes du
mouvement d’opposition à la
réforme du système des retraites. Il est écrit par des personnes qui ne
sont pas directement impliquées dedans,
ne serait-ce que parce qu’elles tentent,
dans la mesure du possible d’échapper
au travail salarié (en tout cas : au travail
à temps plein et à durée indéterminée),
et ne se trouvent donc pas en position de
faire grève ou de participer à des AG (inter)professionnelles.

Notre sentiment est que la lutte qui
s’étend ces jours-ci est tout à fait légitime. Il est juste de rejeter les sacrifices exigés des gens ordinaires par une
élite politico-économique rapace, dont
le désir de mettre en valeur (monétaire)
le monde et les humains est sans limites. Seul un blocage déterminé des flux
de marchandises et de main-d’œuvre
peut effectivement y mettre des bornes.
En même temps, nous trouvons qu’il est
incorrect de ne se battre que pour conserver le mode de distribution actuel des
pensions de retraite. Nous aimerions rencontrer d’autres personnes qui ressentent
cette insatisfaction. Voici les questions
que nous nous posons et que nous vous
posons.

Peut-on défendre comme un idéal un système qui fait de la vieillesse une sorte de
terminus ? La retraite est si souvent vécue
comme une rupture brusque et douloureuse,
même par ceux qui l’attendent depuis long-
temps pour faire enfin ce qu’ils ont « vrai-
ment envie de faire ». Le grand moment arrivé, un sentiment de solitude et d’inutilité
envahit logiquement beaucoup de personnes, salariées depuis des dizaines d’années.

Y a-t-il inévitablement besoin d’attendre 60,
62 ou 67 ans pour faire ce que l’on a toujours eu envie de faire dans la vie ? Y a-t-il
des raisons morales ou religieuses qui empêchent de laisser cours à cette envie plus tôt,
dès maintenant ? N’est-ce qu’une question
d’argent, et ne serait-il pas possible d’en
gagner moins, pour jouir d’une plus grande
liberté et du plaisir de prendre en charge des
besoins humains plus essentiels ?
Est-il possible de soutenir, comme tous les
partis de gauche et les syndicats, que l’on
peut faire confiance à notre économie moderne pour créer plus de richesses dans le futur ? Y a-t-il besoin de plus de richesses
de nos jours, pour que tout le monde mange
à sa faim ? Y a-t-il besoin que plus d’argent
soit mis en circulation, pour exiger
enfin qu’on le partage tout de suite ?

Est-il tenable de réfléchir à la question
de la solidarité sans poser celle du sens
de notre travail et de ce que notre société
produit ? N’est-il pas dramatique que cette
belle solidarité repose sur tant d’emplois
inutiles, et pourtant stressants, quand ils ne
sont pas littéralement calamiteux pour le
milieu naturel ?

Jusqu’à quand défilera-t-on contre l’immoralité
de la haute finance, sans s’inquiéter
de l’immoralité de bien des tâches
qu’acceptent d’accomplir au quotidien
les travailleurs, à tous les échelons de la
hiérarchie salariale – production et diffusion
de produits nocifs pour la santé, mise
sous dépendance des gens par le crédit à la
consommation, la publicité, etc., contrôle
du travail des autres, édiction et exécution
de normes bureaucratiques qui restreignent
la liberté de chacun dans tous les domaines
de la vie... ?

Parce que nous répondons par la négative
à ces différentes questions, nous nous sentons
plus intéressés par la (re)construction
de modes d’entraide directe entre les gens
que par la défense de l’État social. Nous
avons pourtant conscience qu’il est impossible
aujourd’hui de se passer des revenus
socialisés pour se soigner, se loger, accueillir
un nouveau-né, financer des projets
collectifs, etc., et c’est en partie pour
cela que nous nous mêlons aux manifestations
et soutenons les grévistes. Mais nous
nous souvenons que l’État-providence est
né, au début du XXe siècle, de l’unification
de coopératives ouvrières ou villageoises,
de caisses de solidarité entre travailleurs,
de mutuelles construites par en bas. Plus
exactement, il s’est substitué par en haut
à ce foisonnement coopératif, qui était une
des bases du mouvement ouvrier et de la
combativité populaire au XXxe siècle.

Aujourd’hui, nous pensons que la
meilleure manière de se protéger contre
la mise en concurrence de tous et le démantèlement
des « acquis sociaux » serait
de régénérer ce genre de pratiques :
faire des caisses de secours entre amis,
voisins, collègues ; faire des potagers collectifs
 ; ouvrir des ateliers où échanger des savoirs, des techniques, où mettre en commun des biens ou des services qui
coûtent cher (ou pas !) ; au fond, prendre toutes les initiatives qui vont dans le
sens d’une solidarité concrète, à même de
nous rendre moins dépendants de l’argent.
Serait-il forcément fatigant et ennuyeux
de reprendre en main l’administration
de nos vies, et en premier lieu celle de
la solidarité, confiée depuis longtemps à
de grandes machines inaccessibles aux
individus ? S’occuper soi-même de son
quotidien, le soustraire aux grandes organisations, marchandes et étatiques, ne pourrait-il pas être une source de plaisir
et de fierté ?

Nous savons que le discours que nous
tenons est fréquemment considéré comme défaitiste, notamment par les militants. Que le type d’initiatives que nous
appelons de nos vœux, et pratiquons
pour partie, passe au mieux pour sympathique, mais de toute façon marginal,
sans impact sur le combat fondamental
entre le bon peuple et le grand capital.
Il est clair que, dans la situation actuelle,
les pistes indiquées relèvent du bricolage.
Mais c’est un bricolage qui fait preuve de
plus de modestie, de dignité et de réalisme, que l’exaltation des gains de productivité à laquelle se résume la simple
défense de l’État social. Nous pensons
également que ce qui est à même d’effrayer réellement une classe dirigeante, c’est d’abord que ses sujets n’ont pas
peur de se poser des questions, ou plutôt :
n’ont plus peur de faire le lien entre les
questions qu’ils se posent, le plus souvent
séparément (le chômage, les retraites, la
catastrophe écologique, les suicides au
travail, l’adaptation du contenu des études
au monde professionnel...). Voire, rêvons,
qu’ils s’organisent pour devenir plus autonomes – c’est-à-dire qu’on ne cherche pas
seulement à affronter cette classe dominante sur son terrain, mais aussi à faire en
sorte de se passer d’elle, de sa propagande
écœurante, de sa camelote électronique,
automobile, alimentaire, etc.


Un rendez-vous est proposé à Albi
(Place du Castelviel), le lundi 8 novembre,
à 18 heures, pour une discussion
autour de ce tract.

Et dans le Comminges...


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Commentaires

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merci a vous
lundi 10 février 2014 à 07h03 - par  sabine001
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merci a vous
dimanche 9 février 2014 à 06h53 - par  sabine001

Merci :-)assurance auto

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