Leucémies et lignes à haute tension :
un lien statistique, pas d’explication

mercredi 22 novembre 2006

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Le Figaro - 03 juin 2005 par Jean-Michel Bader

Une étude britannique, prudente, relance la question des effets des champs
magnétiques.

Photo de poteau de ligne haute tension
Un poteau de la ligne de 400kV reliant
Lannemezan et Villefranche de Lauragais
(photo entre Saint-André et Fabas)

 Une nouvelle étude de grande ampleur comparant la distance des habitations
par rapport aux lignes à haute tension et la survenue de leucémies de
l’enfance montre un lien statistique faible, mais réel.
Aucune explication
basée sur des modèles expérimentaux ne permet de comprendre la cause de
cette augmentation du risque relatif.

 En 2001, une monographie du Centre international de recherches sur le cancer
(Circ), basé à Lyon, classait les champs magnétiques de très basse fréquence
(produits par les lignes à très haute tension)
dans le groupe 2B des agents
« peut-être cancérigènes »
. Cette décision était basée sur des « données
épidémiologiques limitées » et des données expérimentales animales
« inappropriées ». Pour le Circ, « le mode d’exposition à cet agent entraîne
des expositions qui sont peut-être cancérigènes pour l’homme ». Il s’agissait
essentiellement de l’exposition aux champs magnétiques de l’électricité
domestique dans les maisons. Une nouvelle étude, publiée demain dans le
British Medical Journal (1), confirme le travail du Circ et d’autres travaux
américains et britanniques, publiés en 2000 et 2004.

 Il existe bel et bien un risque relatif faiblement plus grand que la normale
que les enfants nés dans des maisons à proximité de lignes à haute tension
soient atteints d’un excès de leucémies infantiles.

 L’étude cas-contrôles a été réalisée par Gerald Draper (université
d’Oxford). L’un des coauteurs, John Swanson, est a priori peu suspect de
militantisme « antilignes hautes tension » puisqu’il est salarié de
l’entreprise qui gère le réseau britannique, National Grid Transco. L’équipe
a identifié grâce au registre national des cancers de l’enfant 33 000 cas de
cancers d’enfants de moins de 15 ans nés en Grande-Bretagne entre 1962 et
1995. Pour 31 000 d’entre eux, il a obtenu des registres de naissance, la
date et le lieu de résidence. La cohorte finale était composée de 29 081
paires : à chaque enfant malade, correspondait un « contrôle », un enfant
indemne, de même sexe, né le même semestre dans le même district. Pour
calculer les distances entre résidences et lignes électriques, les
chercheurs ont sélectionné dans le réseau du National Grid in England and
Wales toutes les lignes aériennes de 275 000 et 400 000 volts, plus une
petite fraction des lignes de 132 000 volts. Grâce au code postal du lieu de
résidence des nouveau-nés, Gerald Draper a identifié ceux qui habitaient à
moins d’un kilomètre d’une ligne haute tension.

 Résultats : pour les leucémies infantiles (et non pour les autres cancers,
infantiles ou adultes) le risque relatif est plus élevé que la normale dans
chacune des tranches de 100 mètres, et jusqu’à 600 mètres de distance d’une
ligne. Ainsi entre 0 et 50 m, il est de 1,67 ; entre 50 et 100 m, il est de
1,79 et, de 100 à 200 m, il est de 1,64.
Draper a voulu savoir si la
relation entre la distance à la ligne et le risque de leucémie n’était pas
une conséquence d’un statut socio-économique particulier des habitants
proches des lignes. Tout biais social semble écarté, affirme l’auteur. Ils
confirment au contraire des travaux antérieurs selon lesquels le risque de
leucémie serait plus élevé dans les familles plus riches (sans qu’on ait
d’explication).

 « Cette étude peut être analysée comme renforçant les données déjà
existantes, aboutissant à la même conclusion inexplicable », explique Robert
Baan (Circ, Lyon) « Lorsque nous avions classé en 2001 ces champs dans la
catégorie potentiellement cancérigène, nous n’avions pas trouvé d’étude
liant la distance aux lignes et le risque de leucémie. » Robert Baan précise
qu’aux Pays-Bas, une règle établit une zone non-résidentielle au-dessous et
à distance des lignes HT
.

 Pourquoi ce surrisque modeste ? « Le résultat pourrait être dû au simple
hasard, par exemple si les sujets contrôlés ne sont pas suffisamment
représentatifs de la population », admettent les auteurs. « Nous n’avons
aucune explication satisfaisante pour nos résultats. » Une estimation établit
que sur les 400 à 420 cas de leucémies de l’enfant diagnostiqués chaque
année en Grande-Bretagne, environ cinq cas seraient associés à la proximité
de ces lignes HT. Généralement, les rayonnements à partir d’une source
diminuent en intensité directement en fonction de la distance ; mais les
champs électromagnétiques émis d’une ligne à haute tension diminuent comme
le carré inverse de la distance, et parfois comme le carré au cube ! « Que le
surrisque de leucémies s’étende aussi loin de la ligne est surprenant du
fait du faible niveau produit par ces lignes à de telles distances », admet
Gerald Draper.

(1) British Medical Journal du 4 juin 2005.


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